Blanc

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Dans le dernier billet intitulé « Moby Dick », il est question de la célèbre baleine blanche. Incarnation du mal !

Je mets ci-dessous un travail sur L’Etranger, que j’ai effectué en troisième (dans le cadre de l’oral pour le brevet des collèges) et qui tourne autour du blanc.

letranger

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« Aujourd’hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »

Voici le célèbre incipit de l’Etranger d’Albert Camus. Il annonce ce qu’il peut y avoir d’étrange chez le narrateur Meursault.

Dans un premier temps nous rappellerons l’intrigue, puis nous expliquerons le titre du roman (en quoi Meursault est-il « l’étranger » ?) et enfin nous chercherons la couleur qui représenterait au mieux le livre.

Le livre (résumé)

Le roman met en scène un personnage-narrateur nommé Meursault, vivant à Alger en Algérie française. Le roman est formé de deux parties. Dans la première, se trouve l’intrigue, de l’enterrement de la mère de Meursault au meurtre de l’arabe commis par Meursault. Dans la deuxième partie, il y a le procès de Meursault où chaque élément de l’intrigue est vu, évoqué, déformé par les témoins appelés à la barre.

Au début de la première partie, Meursault reçoit un télégramme annonçant que sa mère, qu’il a internée à l’hospice de Marengo, vient de mourir. Il se rend en autocar à l’asile de vieillards, situé près d’Alger. Veillant la morte toute la nuit, il assiste le lendemain à la mise en bière et aux funérailles, sans avoir l’attitude attendue d’un fils endeuillé ; le héros ne pleure pas, il ne veut pas simuler un chagrin qu’il ne ressent pas.

Le lendemain de l’enterrement, Meursault décide d’aller nager à l’établissement de bains du port, et y rencontre Marie, une dactylo qui avait travaillé dans la même entreprise que lui. Le soir, ils sortent voir un film de Fernandel au cinéma et passent le restant de la nuit ensemble. Le lendemain matin, son voisin, Raymond Sintès, un proxénète notoire, lui demande de l’aider à écrire une lettre pour dénigrer sa maîtresse, une Maure envers laquelle il s’est montré brutal ; il craint des représailles du frère de celle-ci. La semaine suivante, Raymond frappe et injurie sa maîtresse dans son appartement. La police intervient et convoque Raymond au commissariat. Celui-ci utilise Meursault comme témoin de moralité. En sortant, il l’invite, lui et Marie, à déjeuner le dimanche suivant à un cabanon au bord de la mer, qui appartient à un de ses amis, Masson. Lors de la journée, Marie demande à Meursault s’il veut se marier avec elle. Il répond que ça n’a pas d’importance, mais qu’il le veut bien.

Le dimanche midi, après un repas bien arrosé, Meursault, Raymond et Masson se promènent sur la plage et croisent deux Arabes, dont le frère de la maîtresse de Raymond. Meursault, apprenant que Raymond est armé, lui demande de lui confier son revolver pour éviter un drame. Une bagarre éclate, au cours de laquelle Raymond est blessé au visage d’un coup de couteau. Plus tard, Meursault, seul sur la plage, accablé de chaleur et de soleil, rencontre à nouveau l’un des Arabes, qui, à sa vue, sort un couteau. Aveuglé par la sueur, ébloui par le reflet du soleil sur la lame, Meursault tire de sa poche le revolver que Raymond lui a confié et tue l’Arabe d’une seule balle. Puis, sans raison apparente, il tire quatre autres coups sur le corps inerte.

Dans la seconde moitié du roman, Meursault est arrêté et questionné. Ses propos sincères et naïfs mettent son avocat mal à l’aise. Il ne manifeste aucun regret, mais de l’ennui. Lors du procès, on l’interroge davantage sur son comportement lors de l’enterrement de sa mère que sur le meurtre. Meursault se sent exclu du procès. Il dit avoir commis son acte à cause du soleil, ce qui déclenche l’hilarité de l’audience. La sentence tombe : il est condamné à la guillotine.

Avant son départ pour la mort, Meursault finit par trouver la paix dans la sérénité de la nuit.

En quoi Meursault est-il l’étranger ?

Meursault apparaît dès les premières lignes du roman comme un personnage qui ne joue pas le jeu de la société. A l’enterrement de sa mère, il a un comportement étrange. Il ne pleure pas, ne veut pas voir le corps de la défunte, fume et boit du café au lait. Dès le lendemain, il mène une existence légère qui ne correspond pas à l’attitude attendue d’un fils endeuillé. Il est en marge de la société. Meursault refuse de surjouer la tristesse, il refuse le mensonge car, comme dit Camus, « mentir ce n’est pas seulement dire ce qui n’est pas, c’est surtout dire plus que ce qui est. »

Marginal, il l’est jusqu’au bout puisqu’il est étranger à son propre procès. Lorsque Marie témoigne à la barre, le narrateur dit : « Elle avait mis un chapeau et elle était encore belle. Mais je l’aimais mieux avec ses cheveux libres. De l’endroit où j’étais, je devinais le poids léger de ses seins et je reconnaissais sa lèvre inférieure toujours un peu gonflée. » Même lorsqu’il souhaite s’impliquer dans son procès, son avocat le tient à l’écart, le tient hors-jeu, en lui disant : « taisez-vous, cela vaut mieux pour votre affaire. »

Enfin, Meursault ne joue pas le jeu de la comédie du procès. Il témoigne de façon décalée : il dit qu’il a tué l’arabe à cause du soleil. Cette attitude suicidaire explique peut-être le patronyme du héros : Meursault est celui qui fait un saut vers la mort.

Un mot pour englober le récit : l’adjectif qualificatif blanc

L’étranger, c’est un enterrement, un meurtre et une exécution. Pourtant, nous ne choisissons pas le noir mais bel et bien le blanc pour représenter le livre.

Blanc comme la candeur (candidus, blanc en latin), l’innocence. Meursault se montre naïf quand il pense pouvoir être jugé équitablement sans avocat. D’ailleurs, il accepte un avocat commis d’office en disant au juge d’instruction que la loi est bien faite, qu’il est commode que la justice se charge de ces détails. (p.65)

Blanc comme la pureté. Meursault a la passion de l’absolu et de la vérité. A son avocat qui lui suggère une ligne de défense, il répond : « non parce que certains faits sont faux. » Selon Camus lui-même, son personnage qui accepte de mourir pour la vérité a une dimension christique.

Blanc comme l’éclat du soleil, omniprésent dans tout le roman. Le soleil accablant, pesant, agressif dans le ciel d’Alger chauffe l’atmosphère à blanc. Le soleil est à l’origine du crime de Meursault. En effet, aveuglé par la sueur et par l’intense lumière réfléchie sur la lame du couteau de l’arabe, Meursault tire et tue. Meursault perd sa lucidité alors que lucidité vient du mot latin lux qui veut dire lumière. Ici, le soleil aveugle au lieu d’éclairer. Blanc aussi comme l’aube (albus, blanc en latin) qu’attend le condamné Meursault. On viendra chercher Meursault « à l’heure où blanchit la campagne. »

Blanc comme l’écriture d’Albert Camus. C’est une écriture neutre, sèche, minérale, vide de toute intention. C’est une écriture plate sans aspérité, sans ornement, sans grande figure de style. Pour mettre en évidence la simplicité apparente du caractère de Meursault, Camus construit ses phrases sur le modèle : sujet + verbe +complément. Le temps utilisé est le passé composé, temps de l’oralité qui sert à énumérer des actions réalisées les unes après les autres. On est loin de la combinaison « imparfait + passé simple » qui garantit une continuité dans l’action et qui hiérarchise les faits. Ici, tout est découpé, haché. Le tout sur un même plan d’égalité. Il y a donc des…blancs.

Blanc comme le vide, le manque, l’absence. Cela se traduit par la solitude de Meursault, par le vide émotionnel de Meursault qui semble indifférent aux événements dramatiques, par son silence. Meursault est un personnage taiseux. Quand on lui demande pourquoi il ne parle pas beaucoup, il répond : « C’est que je n’ai jamais grand-chose à dire. Alors je me tais. » Refus de meubler les conversations.

Je termine l’exposé par mon avis sur le livre. J’ai eu du mal à rentrer dans le roman à cause de « l’écriture blanche de Camus », écriture qui semble enfantine et qui est donc repoussante au premier abord. A contrario, les thèmes abordés sont graves (la différence dans une société ultra-conformiste, la justice…). Le roman est donc déroutant parce que l’écriture d’apparence simple contraste avec la complexité du contenu.

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