Accueil Non classé Louis-Philippe

Louis-Philippe

0
0
355

Devoir-maison en Histoire. Analyse d’un document comportant deux images de Louis-Philippe :

LouisPhilippedrapeauLouisPhilippePhilipon

Le document donne à voir deux images du roi Louis-Philippe. La première, conservée au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée de Marseille, est une estampe sortie des presses de l’Imagerie Pellerin après l’intronisation de Louis-Philippe le 9 août 1830. Sur l’image d’Epinal destinée à un public populaire, Louis-Philippe (intronisé roi des français et non sacré roi de France) porte fièrement le pavillon tricolore alors que les couleurs bleu-blanc-rouge nées pendant la Révolution ont été remplacées par le drapeau blanc dès 1814 sous Louis XVIII. L’allure altière et dynamique du personnage qui rétablit le drapeau tricolore devant une barricade sous les yeux de citoyens enthousiastes et qui déclare la main sur le cœur être au service de la France fait de la représentation une image de propagande. A contrario, le deuxième document est une caricature du dessinateur et journaliste Charles Philippon destinée aux opposants républicains. La lithographie réalisée dans les premiers mois de la monarchie de Juillet n’est pas flatteuse. On ne distingue ni les traits du visage du roi dissimulé derrière un tissu blanc (le drapeau blanc des Bourbons), ni ses bras placés derrière le dos. Cela donne au corps tout en rondeur une vague forme de poire. Le roi semble être déguisé sous un bicorne auquel est fixé une cocarde tricolore. Il porte une veste bleue et une écharpe rouge sur des habits d’Ancien Régime. L’objectif du républicain est de montrer que le « juste milieu » prôné par le roi est une position intenable car les aspirations des républicains et celles des conservateurs sont inconciliables.

 

Les deux images ont été produites à la suite des Trois Glorieuses de 1830. Après la publication des 4 ordonnances de Charles X visant à réduire la liberté de la presse et l’appel à la résistance de 44 journalistes, les autorités font saisir les presses des journaux et les signataires sont arrêtés. Le peuple se soulève, renverse Charles X et c’est Louis-Philippe qui accède au pouvoir. Les deux images étudiées donnent à voir des symboles de cette nouvelle monarchie. Les trois couleurs bleu, blanc et rouge dominent les deux compositions. En particulier, elles sont présentes sur le drapeau qu’arbore le roi dans le document 1 et dans la cocarde accrochée au chapeau dans le document 2.  Cela fait référence à la restauration du drapeau tricolore qui a été banni en 1814. On devine également, parmi les médailles accrochées à la veste de Louis-Philippe, la croix de Juillet à trois branches, créée pour récompenser les héros des Trois Glorieuses.

En revanche, les deux images représentent deux instants différents. Dans l’image d’Epinal, la révolution est tout juste achevée. Au premier plan, sous les pieds du nouveau roi, on distingue une chaussée en mauvais état dont certains pavés ont été retirés et jetés lors des émeutes des 27-28 et 29 juillet. Derrière lui, il y a un amoncellement de planches en bois et d’objets divers qui ont servi à la construction de barricades. Si la révolution est représentée, nous notons que l’image privilégie l’ordre sur le mouvement, par opposition par exemple à La Liberté guidant le peuple de Delacroix. Cela correspond à la volonté de la bourgeoisie dont il tient sa couronne et de ses propres intentions. Il écrit le 31 juillet : « Je n’ai pas balancé à me placer au milieu de votre héroïque population, et à faire tous mes efforts pour vous préserver des calamités de la guerre civile et de l’anarchie. » Derrière Louis-Philippe, sont représentés des gens du peuple, hommes, femmes et enfants, de différentes couches sociales qui le saluent. Le ciel blanc est dégagé. L’avenir de la France semble radieux avec cet homme providentiel dont le regard est franc. La main posée sur le cœur, le roi dégage une impression de sincérité et inspire la confiance. A contrario, le Louis-Philippe de Philippon est déjà bien installée, à l’écart des citoyens, et son physique de ventripotent semble le mettre très loin de l’action. Il apparaît seul au milieu d’un cadre blanc qui rappelle la couleur de la royauté et qui traduit plus le vide qu’un horizon dégagé. Par ailleurs, il ne regarde pas le lecteur. Non seulement sa tête est légèrement dirigée vers le haut mais en plus, enveloppée dans le drapeau blanc de l’ancien régime, elle fait penser à un fantôme. Le lecteur peut douter de son honnêteté et cette méfiance est renforcée par une question que pose le dessin : que cache Louis-Philippe dans ses mains, derrière son dos ?

Les paroles prêtées au roi dans les deux documents n’ont pas non plus la même teneur. Dans le document 1, Louis Philippe affirme être prêt à défendre les couleurs de la France, c’est-à-dire accomplir la mission que les citoyens lui ont confiée. Dans le document 2, drapé dans des habits de l’Ancien Régime que le caricaturiste veut ridicules, le roi ventripotent (en surcharge pondérale) déclare : « le juste milieu. La charge sera désormais une vérité. » L’auteur détourne ici une phrase extraite d’une proclamation affichée dans Paris le 31 juillet 1830. Louis-Phillipe avait dit : « La charte sera désormais une vérité. » La référence à la Charte constitutionnelle de 1814 (compromis entre l’Ancien Régime et les acquis révolutionnaires) acceptée par Louis XVIII et réactualisée par Louis-Philippe fait rire. Le mot « charte » est remplacée par « charge » alors que le surpoids du roi n’évoque pas du tout la modération et le « juste milieu ».

 

A travers l’analyse du contenu des documents, nous voyons que les deux images présentent le roi sous des angles opposés. Louis-Philippe est dans un cas l’espoir d’une France pacifiée et réunie. Dans l’autre, plus attaché à la monarchie traditionnelle qu’on pourrait le croire, il apparaît comme celui qui tient un double discours et dont les engagements envers les idéaux républicains sont superficiels. Si Louis-Philippe représente pour certains le sauveur capable de diriger la France en fédérant, il ne fait pas l’unanimité car, pour les républicains, le roi des français est avant tout le roi des conservateurs. Il avancerait masqué derrière la formule « juste milieu » mais est plus attaché aux traditions monarchiques qu’aux idéaux sociaux. La confrontation des deux documents montre que la contestation n’est pas éteinte et que les trois glorieuses n’ont pas débouchées sur un régime qui répond aux aspirations du peuple. L’espoir suscité par le roi-citoyen dans la population est vite déçu. Son refus d’une réelle démocratie en maintenant le suffrage censitaire et son refus de légiférer en matière sociale au nom du libéralisme favorise la montée de la colère dans un contexte de révolution industrielle où le nombre d’ouvriers qui travaillent dans des conditions déplorables et sans protection augmente. De plus en plus autoritaire, il est de moins en moins soutenu et populaire. Les conditions d’une nouvelle révolution sont réunies. « Le Printemps des Peuples » attend son heure.

 

  • Le grand saut

    Le grand saut c’est le plongeon dès demain dans le grand bain de la terminale. Au pr…
  • Dix-sept

    Les résultats des épreuves anticipées de français sont tombés hier. J’ai eu 17 à l&r…
  • Juste la fin du monde

    Sujet : En quoi le langage particulier des personnages de Lagarce devient-il le sujet prin…
Charger d'autres articles liés
  • Le grand saut

    Le grand saut c’est le plongeon dès demain dans le grand bain de la terminale. Au pr…
  • Dix-sept

    Les résultats des épreuves anticipées de français sont tombés hier. J’ai eu 17 à l&r…
  • Juste la fin du monde

    Sujet : En quoi le langage particulier des personnages de Lagarce devient-il le sujet prin…
Charger d'autres écrits par clemant
  • Le grand saut

    Le grand saut c’est le plongeon dès demain dans le grand bain de la terminale. Au pr…
  • Dix-sept

    Les résultats des épreuves anticipées de français sont tombés hier. J’ai eu 17 à l&r…
  • Juste la fin du monde

    Sujet : En quoi le langage particulier des personnages de Lagarce devient-il le sujet prin…
Charger d'autres écrits dans Non classé

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Samuel Paty

Le vendredi 16 octobre, avant que ne commencent les vacances de la Toussaint, le professeu…